Pourquoi « Calme-toi » est misogyne

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Merci Magali pour ta relecture et tes conseils !

D'ailleurs, si tu ne connais pas son travail, je t'invite à aller voir son site, elle écrit des choses très chouettes, elle donne des confs, elle développe et elle forme !


Je vais te le dire tout net, je ne suis pas là pour te brosser dans le sens du poil, je suis là pour bousculer nos constructions et nos schémas mentaux. Et j’insiste sur « nos », car personne n’est exempt•e de schémas intériorisés à déconstruire (la misogynie en est un, le colonialisme en est un autre, l’homophobie également, etc.). Ce sont des efforts à faire constamment, déjà parce que c’est synonyme d’amélioration, mais aussi et surtout parce que cela permet de désystématiser progressivement les vecteurs d’oppressions.

La norme privilégie

Parce que ce sont les normes qui sont les socles d’oppressions des personnes les plus privilégiées sur les personnes les moins privilégiées, d’ailleurs, avant de continuer sur la misogynie (et les oppressions) je t’invite à te positionner sur la roue des privilèges:

La roue des privilèges vierge, c'est une roue concentrique constituée de 3 étages et de 13 sections, ce qui donne, par section et chaque fois du centre vers l'extérieur : 
1. Citoyenneté : Citoyen·ne, Détenteur·ice d'un visa ou permis de travail, Sans-papiers
2. Ethnicité : Blanc·he, Perçu·e comme Blanc·he, Racisé·e
3. Couleur de peau : Blanche, Teint mat, Noire
4. Éducation : Diplôme post-secondaire, Diplôme secondaire, Aucun diplôme
5. Capacité physique : Pas d'invalidité, Invalidité partielle, Invalidité importante
6. Orientation sexuelle : Hétérosexuel·le, Homme cisgenre homosexuel, 2ELGBTQIA+
7. Neurodiversité : Neurotypique, Légère neuro-divergence, Neuro-divergence importante
8. Santé mentale : Robuste, Généralement stable, Vulnérable
9. Taille corporelle : Mince, Moyenne, Gros·se
10. Logement : Propriétaire, Locataire, Sans-logement
11. Richesse : Riche, Classe moyenne, Pauvre
12. Langue : Anglophone, Unilingue francophone, Aucune langue officielle parlée
13. Genre : Homme cisgenre, Femme cisgenre, Minorité de genre

petit spoiler, plus tu es au centre, plus la vie est simple pour toi (je ne dis pas qu’elle est facile de manière absolue, mais elle t’es plus agréable, et tu as moins à lutter, que la même personne qui se trouve à un étage plus loin du centre), voici la mienne :

Ma roue des privilèges, sur laquelle je peux poser mes intersections :
1. Citoyenneté : Je suis citoyen·ne
2. Ethnicité : Je suis blanc·he
3. Couleur de peau : Ma peau est blanche
4. Éducation : Je suis diplômée post-secondaire
5. Capacité physique : J'ai une invalidité partielle
6. Orientation sexuelle : Je suis une femme trans lesbienne
7. Neurodiversité : J'ai une neuro-divergence
8. Santé mentale : Je suis généralement stable
9. Taille corporelle : Je suis de corpulence et de taille moyenne
10. Logement : Je suis propriétaire
11. Richesse : Je suis pile dans la classe moyenne
12. Langue : Je suis anglophone
13. Genre : Je suis une minorité de genre

Donc on voit que par exemple je coche dans bien des endroits des cases qui me rendent tous les jours la vie plus compliquée, mais que sur d’autres plans, ma vie est plus simple et je me pose moins de questions sur, par exemple, le fait d’avoir de quoi manger ou un toit sur la tête, les gens, du fait de ma couleur de peau, m’accordent immédiatement par défaut une confiance que ne bénéficie pas une personne racisée, donc je n’ai pas à prouver que je suis digne de confiance la plupart du temps.

En revanche, mon genre peut poser problèmes, j’ai déjà eu des amendes à cause de mon genre, juste comme ça, ou on m’a refusé l’accès à des commodités du fait de mon genre, sachant que j’ai un handicap qui y est lié et qui aggrave la situation, enfin, sans m’étaler sur le sujet, ce sont des exemples, pour comprendre les points où nous jouissons de privilèges parce que nous correspondons bien à une norme, et les points où nous subissons des oppressions, car nous sommes en dehors de ces normes.

On en déduit quoi du coup ?

On va répéter une chose simple : CE N’EST JAMAIS UNE ERREUR SI VOUS ÊTES VERS L’EXTÉRIEUR, VOUS AVEZ UNE VALEUR HUMAINE INDISCUTABLE.

D’une part, votre forme dans ce cercle peut évoluer, du jour au lendemain on peut tout perdre, se retrouver sans travail, ou se retrouver sans toit, il peut nous arriver un accident grave qui nous place automatiquement dans un handicap grave (qu’on payera par exemple double par une société qui nous exclue, alors que l’accident n’est pas mérité) on peut à l’inverse se retrouver dans une situation d’opportunité financière qui nous offre des privilèges.

Dans tous les cas, c’est utile de savoir se placer (et de conserver en tête que le cercle lui-même peut évoluer, si un jour un élément n’est plus discriminant, ou au contraire, si un autre s’ajoute1) de savoir qu’on ne “mérite” pas ce qui nous arrive et/ou qui on est, d’où on vient, nous comme les autres, c’est un état, c’est comme ça, ce n’est pas un choix.

1

Malheureusement plus vraisemblable.

Le rapport avec “calme toi” qui est misogyne

Donc fort•es de tout ça, que peut-on dire de nos normes intériorisées ?

Une fois qu’on a intégré le système de privilèges, on comprend de fait que quand on se retrouve face à une personne qui exprime SON RESSENTI LÉGITIME MÊME SI C’EST AVEC VÉHÉMENCE, C’EST LÉGITIME, vis à vis d’une oppression qu’elle vit TOUS LES JOURS, et que soit tu l’as intériorisée comme invisible, soit que tu n’as tout simplement pas parce que tu n’y es pas sur le cercle, ALORS, c’est à ce moment qu’il faut impérativement TAIRE ton réflexe de vouloir que la personne se calme, parce que c’est PRÉCISÉMENT LUI FAIRE SUBIR L’OPPRESSION QU’ELLE DÉNONCE.


Autrement dit, quand je parle de transmisogynie, venir me dire de me calmer, ce n’est pas le geste que tu crois, tu oppresses et tu fais taire sur un sujet qui, bien au contraire, DOIT être mis en exergue.


Et si ton réflexe après ça, est de te dire qu’il y a des moyens “moins colériques” (donc plus calmes) de l’exprimer, relis cet article, parce que tu n’as pas compris…

Tu n’as pas à dire aux personnes moins privilégiées sur un sujet que toi comment exprimer ce qu’elles vivent et que TU NE VIS PAS.

Je sais que le sujet va sûrement en fâcher quelques un•es, mais toi, garde en tête que tu as deux choix maintenant qui s’offrent à toi :

  • soit persister et te sentir frustré•e, vexé•e ou agacé•e (PS : c’est aussi un privilège de pouvoir s’en offusquer, c’est plus simple quand on n’a pas l’oppression en question de s’offusquer qu’on la pointe)
  • soit l’accepter, et venir en discuter, pour apprendre ce que vivent les personnes qui sont concernées (et ce que tu aurais pu ou vivras peut-être un jour d’ailleurs)

Il y a d'ailleurs un terme pour le fait d'exiger d'une personne qui expose ses oppressions de se calmer ou de s'exprimer autrement : c'est le tone policing, mais ça, on en parlera dans un prochain article 👌 !

Bisous